Savoir ce qu'est une suite majorée, minorée, bornée
Rédiger un raisonnement par récurrence complet (initialisation, hérédité, conclusion)
Démontrer par récurrence une formule explicite, une somme, une divisibilité
Démontrer par récurrence une inégalité, dont l'inégalité de Bernoulli
Étudier par récurrence les bornes et la monotonie d'une suite u(n+1) = f(u(n))
Notions cléssuite majorée, minorée, bornéeinitialisationhéréditéprincipe de récurrenceinégalité de Bernoullisuite définie par u(n+1) = f(u(n))conjecture et preuve
Ce que tu sais déjà. Tu sais définir une suite de façon explicite ou par récurrence, calculer ses
premiers termes et étudier son sens de variation
(Première — Suites : générer, représenter, variations), et tu
connais les suites arithmétiques et géométriques, leurs sommes
(Première — Suites arithmétiques et géométriques).
En Terminale, on apprend à démontrer une propriété pour tous les entiers naturels, pas seulement
à la vérifier sur quelques termes.
1. Suites majorées, minorées, bornées
Définitions. Soit (un) une suite de nombres réels.
(un) est majorée s’il existe un réel M tel que, pour tout entier naturel n, un⩽M.
On dit que M est un majorant de la suite.
(un) est minorée s’il existe un réel m tel que, pour tout n, un⩾m (m est un minorant).
(un) est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Remarque. Un majorant n’est pas unique : si M majore la suite, M+1 aussi. Et l’ordre des
quantificateurs compte : « il existe M tel que pour tout n » — le mêmeM doit convenir pour tous
les termes.
Exemples.
un=3−n+12 : pour tout n, 0<n+12⩽2, donc 1⩽un<3. La
suite est bornée (minorée par 1, majorée par 3).
vn=n2 est minorée par 0 mais pas majorée : pour n’importe quel réel M, on trouve un entier
n>∣M∣, et alors vn>M.
wn=(−1)n×n n’est ni majorée ni minorée (w2k=2k et w2k+1=−(2k+1)).
Propriété (utile). Une suite croissante est minorée par son premier terme ; une suite décroissante est
majorée par son premier terme.
Vérifier une propriété pour n=0,1,2,…,100 ne prouve rien pour n=101. Pour démontrer qu’une
propriété P(n) est vraie pour tout entier n⩾n0, on utilise l’image des dominos :
si le premier tombe, et si chaque domino qui tombe fait tomber le suivant, alors tous tombent.
Le principe de récurrence : l'initialisation fait tomber le premier domino, l'hérédité garantit
que chaque domino fait tomber le suivant. Conclusion : tous tombent.
Axiome (principe de récurrence). Soit P(n) une propriété qui dépend d’un entier naturel n, et
n0 un entier naturel. Si :
Initialisation : P(n0) est vraie ;
Hérédité : pour tout entier k⩾n0, si P(k) est vraie, alors P(k+1) est vraie ;
alors P(n) est vraie pour tout entier n⩾n0.
Attention. Dans l’hérédité, on ne suppose pas que P(k) est vraie pour tout k (ce serait ce
qu’on veut démontrer !) : on fixe un entier k, on suppose P(k) (c’est l’hypothèse de
récurrence) et on en déduit P(k+1).
📋 Méthode — Rédiger une récurrence
Énoncer la propriété : « Pour tout entier n⩾n0, on note P(n) : … ».
Initialisation : calculer séparément les deux côtés pour n=n0 et conclure « P(n0) est vraie ».
Hérédité : « Soit k⩾n0 un entier. Supposons P(k) vraie. Montrons que P(k+1)
est vraie. » Écrire ce qu’on veut obtenir (le but), puis partir de l’hypothèse ou du membre de gauche
de P(k+1) et utiliser l’hypothèse de récurrence à un endroit précis.
Conclusion : « Par récurrence, P(n) est vraie pour tout entier n⩾n0. »
Exemple (formule explicite). Soit (un) définie par u0=0 et un+1=2un+1. Les premiers
termes sont 0,1,3,7,15 : on conjecture que un=2n−1.
Pour tout n∈N, notons P(n) : « un=2n−1 ».
Initialisation.u0=0 et 20−1=0 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N tel que uk=2k−1. But : uk+1=2k+1−1. Or
uk+1=2uk+1=2(2k−1)+1=2k+1−2+1=2k+1−1. Donc P(k+1) est vraie.
La récurrence est l’outil naturel pour les formules de sommes : pour passer de P(k) à
P(k+1), on ajoute le terme suivant.
Exemple (somme des impairs). Pour tout n⩾1, P(n) : « 1+3+5+⋯+(2n−1)=n2 ».
Initialisation. Pour n=1 : la somme vaut 1 et 12=1.
Hérédité. Supposons 1+3+⋯+(2k−1)=k2 pour un entier k⩾1. Alors
1+3+⋯+(2k−1)+(2k+1)=k2+2k+1=(k+1)2 : c’est P(k+1) (le dernier impair
est bien 2(k+1)−1=2k+1).
Conclusion. La propriété est vraie pour tout n⩾1.
Divisibilité. « a est divisible par d » signifie qu’il existe un entierm tel que a=d×m.
Dans l’hérédité, on écrit l’hypothèse sous cette forme, puis on fait apparaître d en facteur.
Exemple. Pour tout n∈N, 4n−1 est divisible par 3.
Initialisation.40−1=0=3×0.
Hérédité. Supposons 4k−1=3m avec m entier, c’est-à-dire 4k=3m+1. Alors
4k+1−1=4×4k−1=4(3m+1)−1=12m+3=3(4m+1), et 4m+1 est entier.
Conclusion.4n−1 est divisible par 3 pour tout n.
Piège : ne jamais oublier l’initialisation. La propriété « 4n+1 est divisible par 3 » est
héréditaire : si 4k+1=3m, alors 4k=3m−1 et 4k+1+1=4(3m−1)+1=12m−3=3(4m−1).
Et pourtant elle est fausse pour tout n : 40+1=2, 41+1=5, 42+1=17… (d’après l’exemple
précédent, 4n+1=(4n−1)+2 laisse toujours un reste 2 dans la division par 3). Aucun domino ne
tombe au départ.
Pour une inégalité, l’hérédité consiste souvent à multiplier ou ajouter membre à membre, en contrôlant les
signes.
Propriété (inégalité de Bernoulli). Pour tout réel a>0 et tout entier naturel n :
(1+a)n⩾1+na.
🧠 Démonstration — inégalité de Bernoulli (outil de la démonstration exigible sur la limite de q^n)
Soit a>0 fixé. Pour tout n∈N, notons P(n) : « (1+a)n⩾1+na ».
Initialisation.(1+a)0=1 et 1+0×a=1 : 1⩾1, P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N tel que (1+a)k⩾1+ka. Comme 1+a>0, on peut multiplier les
deux membres par 1+a sans changer le sens :
(1+a)k+1⩾(1+ka)(1+a)=1+a+ka+ka2=1+(k+1)a+ka2.
Or ka2⩾0, donc (1+a)k+1⩾1+(k+1)a : P(k+1) est vraie.
Conclusion. Pour tout n∈N, (1+a)n⩾1+na.
Cette inégalité sert à démontrer que qn tend vers +∞ quand q>1
(chapitre suivant).
Exemple (initialisation à un rang n0>0). Pour tout entier n⩾3, 2n⩾2n+1.
Initialisation.23=8 et 2×3+1=7 : vrai. (C’est faux pour n=2 : 4<5.)
Hérédité. Si 2k⩾2k+1 avec k⩾3, alors 2k+1=2×2k⩾4k+2. Il suffit que
4k+2⩾2(k+1)+1=2k+3, c’est-à-dire 2k⩾1 : vrai. Donc 2k+1⩾2(k+1)+1.
5. Suites définies par une fonction : bornes et variations
Pour une suite définie par un+1=f(un), on démontre souvent en une seule récurrence un encadrement
et le sens de variation, en utilisant les variations de f.
Propriété clé. Si f est croissante sur un intervalle I, alors pour tous a⩽b dans I,
f(a)⩽f(b) : on peut « appliquer f » à une inégalité sans en changer le sens.
Exemple.u0=0 et un+1=3un+4. La fonction f:x↦3x+4 est croissante sur
[−34;+∞[ (composée de x↦3x+4 croissante et de la racine carrée croissante), et
f(4)=16=4.
Pour tout n, P(n) : « 0⩽un⩽un+1⩽4 ».
Initialisation.u0=0, u1=4=2 : 0⩽0⩽2⩽4.
Hérédité. Si 0⩽uk⩽uk+1⩽4, comme f est croissante sur [0;4] :
f(0)⩽f(uk)⩽f(uk+1)⩽f(4), soit 2⩽uk+1⩽uk+2⩽4, et a fortiori
0⩽uk+1⩽uk+2⩽4.
Conclusion. La suite est croissante et bornée par 0 et 4.
Construction des termes de u(n+1) = √(3u(n) + 4) : on monte jusqu'à la courbe de f, puis on
revient sur la droite y = x. Les termes croissent et restent sous 4, abscisse du point d'intersection.
Conjecturer avant de démontrer. Un programme permet de calculer les termes et de conjecturer ; seule
la récurrence démontre.
from math import sqrtu = 0for n in range(8): print(n, round(u, 4)) u = sqrt(3 * u + 4)# 0 0 / 1 2.0 / 2 3.1623 / 3 3.6724 / 4 3.8752 ...