Savoir ce qu'est une fonction continue en un point et sur un intervalle
Savoir qu'une fonction dérivable est continue (et que la réciproque est fausse)
Déterminer la limite d'une suite u(n+1) = f(u(n)) avec f continue
Appliquer le théorème des valeurs intermédiaires et son corollaire pour les fonctions strictement monotones
Encadrer une solution d'équation par balayage ou par dichotomie, en Python
Notions clésfonction continuedérivable implique continueimage d'une suite convergentepoint fixethéorème des valeurs intermédiairescorollaire (fonction strictement monotone)dichotomie
Ce que tu sais déjà. Tu sais calculer des limites de fonctions (Terminale — Limites de fonctions)
et de suites (Terminale — Limites de suites), et étudier des variations avec la dérivée
(Première — Dérivation et variations). La continuité est la propriété qui
garantit qu’une courbe « ne saute pas » — et donc qu’une fonction qui passe d’une valeur négative à une valeur
positive s’annule forcément.
1. Fonction continue
Définition. Soit f une fonction définie sur un intervalle I et a∈I.
f est continue en a si x→alimf(x)=f(a).
f est continue sur I si elle est continue en tout point de I.
Graphiquement, une fonction continue sur un intervalle a une courbe qu’on peut tracer sans lever le crayon.
Propriétés (admises).
Les fonctions de référence (affines, polynômes, inverse, racine carrée, exponentielle, valeur absolue) sont
continues sur chaque intervalle de leur ensemble de définition.
Sommes, produits, quotients (dénominateur non nul) et composées de fonctions continues sont continues.
Contre-exemple : la partie entière. Pour tout réel x, E(x) est le plus grand entier inférieur ou égal à x
(en Python : math.floor(x)). E(0,9)=0, E(1)=1, E(−0,5)=−1. Quand x tend vers 1 par la gauche, E(x)
vaut 0, alors que E(1)=1 : E n’est pas continue en 1 (ni en aucun entier). Sa courbe est un escalier.
Exemple (fonction définie par morceaux).f(x)=x2 si x<1 et f(x)=3x−a si x⩾1. Chaque morceau est
continu. En 1 : x→1−limf(x)=1 et f(1)=3−a. f est continue en 1 si et seulement si 3−a=1,
soit a=2.
Convention. Dans un tableau de variations, une flèche traduit la continuité et la stricte monotonie de la
fonction sur l’intervalle concerné.
Théorème (admis). Toute fonction dérivable sur un intervalle I est continue sur I.
La réciproque est fausse. La fonction valeur absolue est continue en 0 mais pas dérivable en 0 (sa courbe a un
« coin ») ; la fonction racine carrée est continue en 0 mais pas dérivable en 0 (tangente verticale,
démontré en Première).
Conséquence pratique. Pour justifier qu’une fonction est continue, il suffit souvent de dire qu’elle est dérivable
(ce qu’on a déjà justifié pour étudier ses variations).
Théorème (admis). Soit (un) une suite qui converge vers ℓ, et f une fonction continue en ℓ. Alors
la suite (f(un)) converge vers f(ℓ).
Exemple.un=2+n1 converge vers 2 ; f=exp est continue en 2, donc e2+n1→e2.
Théorème du point fixe. Soit (un) définie par un+1=f(un). Si (un)converge vers ℓ et si f est
continue en ℓ, alors ℓ est solution de l’équation f(x)=x.
Preuve. D’une part un+1→ℓ (c’est la même suite décalée d’un rang). D’autre part un+1=f(un)→f(ℓ)
par le théorème précédent. Par unicité de la limite, f(ℓ)=ℓ.
📋 Méthode — Étudier une suite u(n+1) = f(u(n))
Étudier les variations de f (souvent croissante sur l’intervalle utile).
Démontrer par récurrence un encadrement et la monotonie, par exemple a⩽un⩽un+1⩽b
(méthode vue ici).
Conclure à la convergence par le théorème de convergence monotone.
Résoudre f(x)=x et garder la solution compatible avec l’encadrement : c’est la limite.
Exemple.u0=1 et un+1=un+6. Une récurrence donne 0⩽un⩽un+1⩽3 : (un) est croissante et
majorée, donc converge vers ℓ∈[0;3]. La fonction f:x↦x+6 est continue sur [0;3], donc
ℓ=ℓ+6, d’où ℓ2=ℓ+6, ℓ2−ℓ−6=0, ℓ=3 ou ℓ=−2. Comme ℓ⩾0, ℓ=3.
Théorème des valeurs intermédiaires (admis). Soit f une fonction continue sur un intervalle [a;b]. Pour
tout réel k compris entre f(a) et f(b), l’équation f(x)=k admet au moins une solution dans [a;b].
À gauche, f est continue : toute valeur k entre f(a) et f(b) est atteinte (ici trois fois). À droite, f
est continue et strictement croissante : k est atteinte exactement une fois.
Corollaire (théorème de la bijection). Si f est continue et strictement monotone sur [a;b], alors pour
tout k compris entre f(a) et f(b), l’équation f(x)=k admet une unique solution dans [a;b].
Ce corollaire s’étend aux intervalles ouverts ou non bornés, en remplaçant f(a) et f(b) par les limites aux bornes.
📋 Méthode — Prouver qu'une équation a une unique solution
Exemple : montrer que x3+x−1=0 a une unique solution α sur R, et que α∈[0;1].
Poser f(x)=x3+x−1. f est dérivable donc continue sur R.
f′(x)=3x2+1>0 : f est strictement croissante sur R.
Limites : −∞limf=−∞ et +∞limf=+∞ ; 0 est compris entre les deux.
Par le corollaire du TVI, f(x)=0 admet une unique solution α. Comme f(0)=−1<0 et f(1)=1>0,
α∈]0;1[.
Attention. Sans continuité, le théorème est faux (la partie entière « saute » la valeur 0,5) ; sans stricte
monotonie, il peut y avoir plusieurs solutions.
On sait que α existe, mais on ne sait pas le calculer exactement. On l’encadre.
Balayage : on calcule f(0), f(0,1), f(0,2)… et on repère le changement de signe (tableur, calculatrice).
Dichotomie : on coupe l’intervalle en deux, on garde la moitié où f change de signe, et on recommence.
L’amplitude est divisée par 2 à chaque étape.
Dichotomie pour f(x) = x³ + x − 1 : on part de [0 ; 1], puis [0,5 ; 1], [0,5 ; 0,75], [0,625 ; 0,75]…
L'intervalle gardé contient toujours la solution α ≈ 0,682.
def f(x): return x**3 + x - 1def dichotomie(a, b, precision): """f continue sur [a, b] avec f(a) et f(b) de signes contraires.""" while b - a > precision: m = (a + b) / 2 if f(a) * f(m) <= 0: # changement de signe dans [a, m] b = m else: a = m return a, bprint(dichotomie(0, 1, 0.001)) # (0.681640625, 0.6826171875)
Il faut 10 étapes pour passer d’une amplitude 1 à une amplitude inférieure à 0,001 (210=1024).
Autres méthodes. La méthode de Newton (vue en Première) remplace la courbe par sa tangente ; la méthode de la
sécante la remplace par une corde. Elles convergent en général beaucoup plus vite, mais demandent plus
d’hypothèses.